Small Music. Rolf Julius

Publié le par Olivier Lussac

« Mes œuvres, commente Julius, sont en même temps visuelles et musicales. Les séries photographiques ne sont pas silencieuses et les photos ne sont pas grises depuis que ma musique enregistrée est en couleur. » (1980) Il existe donc bien une musique pour les yeux, une musique qui influe à l’intérieur de notre être, qui agit sur la perception de notre espace : une perception colorée, en rouge, en noir —en noir, en rouge, tels sont les ingrédients qui seront exposés dans la galerie Lara Vinci (47 rue de Seine) du 11 mars au 30 avril 1999.
    Depuis les années 70, Rolf Julius s’intéresse aux « mécanismes » des sons faibles, des «petits sons» qui deviennent parfois de la musique flexible lors de performances (comme celle jouée avec Robert Ashley), de la musique ouverte, lorsqu’il « n’y a pas beaucoup de différence entre le grand et le petit », peut-être peut-on échapper à la tyrannie de la musique, la Grande, comme le fit John Cage avec 4’33” ? Car « la musique, pour Julius, est juste une partie singulière de l’entière situation. Elle n’est pas un tyran. » Elle est sans cesse reliée au monde comme environnement sonore, comme musique naturelle. Au contraire de Christina Kubisch qui mixe des assemblages naturels avec des éléments technologiques, Julius utilise des sons naturels et les exploite dans l’espace. Sa relation avec le Japon est alors si féconde que ce pays se reconnait dans cette musique : « Et ensuite le silence : en complète harmonie avec l’espace. Puis je compris la beauté des Jardins Japonais. » Lieux dans lesquels l’existence devient une « partie de la nature ». Enfin, c’est une musique visuelle, par laquelle chaque image se meut par le son. Musique visuelle lorsqu’elle apparaît à la surface des choses : on peut alors sentir la musique dans ses mains, parce qu’elle appelle encore l’écoute, le toucher, la vision. Julius utilise des pigments qu’il place directement sur la surface sonore : ils bougent, ils gigotent au rythme des sons faibles, comme petite danse, comme mouvement de la musique : « Quand le son a une surface comme du sable, il est possible de toucher le son », d’écouter la surface du son dans le haut-parleur, dans ce « trou acoustique ». Parfois encore, à la place du simple pigment, il mélange des épices pour obtenir une musique et colorée et odorante. Aussi, la musique devient-elle poivrée, relevée, assaisonnée : on n’écoute pas la musique, on la regarde, on la sent. Elle devient sensuelle, au moment où la musique pour les sens, l’image des sons possèdent des qualités colorées et haptiques. Ainsi, les sons donnent aux choses des qualités poétiques ; écouter avec les yeux, c’est toujours un son comme substance dans l’oreille, c’est toujours une image colorée invisible à l’œil : finalement « cela sera un doublage optique et acoustique », quand la musique devient solide, de glace, de fer ou de pigment coloré, quand l’image se fait « liquide », fuyante, insaisissable. On est alors capable de saisir physiquement le temps.

© Olivier Lussac
Musica Falsa n° 8, avril-mai 1999, p. 17.

Publié dans Textes-Arts

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