Earth Art-Land Art

Publié le par Olivier Lussac

Le Earth Art se rattache-t-il d’emblée à la notion de Land Art ? Ou bien vient-il bousculer des visions esthétiques à propos de la nature et du paysage. Richard Long refuse appartenir à cet art américain :

« Land Art est une expression américaine. Cela veut dire des bulldozers et de grands projets. Il me semble que c’est un mouvement américain ; c’est de la construction sur la terre qu’ont achetée les artistes, le propos est de faire un grand monument permanent. »

Cependant, Long, poète du paysage, ne perçoit qu’un aspect du Land Art, celui des œuvres permanentes, celui des grands chantiers, comme Observatory de Morris ou Broken Circle de Smithson. Or ce n’est pas toujours le cas. Il oublie que le Land Art est une pratique éminemment conceptuelle. Les usages photographiques et cartographiques sont ici essentiels. Il faut davantage se référer à la définition que propose Guy Tosatto, où il importe de distinguer l’art de Long du « phénomène largement américain divisé en deux courants : le Land Art et le Earth Art. » On peut sans doute considérer le Land Art comme une pratique du paysage. Mais, dans ce cas, il s’agit d’un néo-romantisme, dont la source est européenne. Ou bien on peut admettre le Land Art, comme une redéfinition des sites industriels ou urbains. Dans cette éventualité, le Land Art est une pratique purement américaine. Il s’agit principalement d’un programme de réhabilitation des sites post-industriels. D’un côté, on trouve donc, le Land(scape) Art, de l’autre, le Land Reclamation Art.
Le Earth Art, comme le terme l’indique, est un travail de la terre. Le mot earth est évidemment différent de celui de land. Ainsi, Régis Durand le définit ainsi :

« Dans l’Earth Art, où, bien plus qu’un témoignage sur une œuvre éphémère ou difficile d’accès, elle sert de repères (de témoin, au sens géologique) des déplacements d’énergies effectués, des dislocations ou des phénomènes entropiques dont Smithson et Oppenheim ont donné des analyses remarquables. »


Le Earth Art est probablement une notion typiquement américaine, tandis que le terme de Land Art peut prêter à confusion entre une pratique européenne du paysage et les grands travaux américains. Du Earth Art est tiré le terme d’Earthwork, « œuvre de la terre ». Il est défini dans le Webster’s Dictionary de 1968 comme « une fortification faite principalement de terre, opérations connectées avec les fouilles et les remblais de terre (comme en préparant les fondations des bâtiments ou dans les constructions de canaux, un remblai de terre ou autre construction de terre). » Le nom apparaît en 1968, lorsque Virginia Dwan inaugure une exposition intitulée elle aussi Earthwork. C’est aussi le point de départ d’une pratique initiée par Robert Smithson. Il en fait principalement l’usage dans un article de 1967, consacré aux Monuments de Passaic. Earthwork renvoie également à un livre de Brian W. Aldiss qui date de 1966, dont Smithson a sans doute emprunté le mot pour désigner ses œuvres monumentales. Puis ce terme a encore été thématisé par l’artiste Robert Morris.
Ainsi, de nombreuses définitions peuvent être proposées, mais aucune ne pourrait pleinement nous satisfaire. La plupart se limite à spécifier les grands projets. Cependant, elles ne rendent pas compte des aspects conceptuels du Earth Art, notamment cette dialectique qu’élabore Smithson, dont les principaux termes sont, selon Owens, comme une « irruption du langage dans le champ esthétique — signalée de manière non limitative par les écrits de Smithson, Morris, Andre, Judd, Flavin, Rainer, LeWitt — coïncide avec, et est la marque définitive de l’émergence du postmodernisme ». Car, il s’agit, pour Poinsot, d’« une dématérialisation de l’œuvre, c’est-à-dire la fin du tableau et de la sculpture comme matière exclusive du découpage du visuel dans le signe artistique (phénomène à l’origine du développement des pratiques parasculpturales). » En même temps, cette stratégie marque l’élargissement de la sculpture à son environnement ambiant et aux nouveaux médias. Selon Gerry Schum, « Tous leurs projets ont en commun un élargissement […] : les grands espaces ont remplacé la toile du peintre. » Il est non seulement reconnu que le Earth Art est une pratique monumentale et un champ élargi de l’art (selon Rosalind Krauss) : structure située dans un désert ou redéfinition de sites post-industriels, mais il faut également considérer ses aspects photographiques, architecturaux, para-musicaux, événementiels, voire vidéogrammatiques ou cinématographiques. Criqui souligne enfin à propos de l’art de Smithson qu’« Il l’avait écrit lui-même […] : sculptures apparentées, plus ou moins justement, à l’art minimal, installations mettant en relation une pièce dans la galerie ou le musée avec un lieu extérieur, “actions” à caractère temporaire dans le paysage, Earthworks, écrits, dessins, photos, films, collages, projets de récupération de terrain abandonnés par l’industrie en vue de recyclage, en dix ans à peine d’activité les domaines les plus divers ont été abordés. » 

© Olivier Lussac

Publié dans Textes-Définitions

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