4 Performances 1975-1980 @ Marina Abramovic & Ulay

Publié le par Olivier Lussac

ART  MUST BE  BEAUTIFUL, ARTIST  MUST BE  BEAUTIFUL (14' 55'')

Dans cette performance (qui eut lieu en 1975 à Charlottenborg, Copenhague), Marina  Abramovic, tenant dans une main un peigne et dans l'autre une brosse, se coiffe  alternativement avec l'un et avec l'autre, en répétant inlassablement la même phrase:  "Art must  be beautiful, Artist must  be beautiful". Elle se frappe parfois avec le peigne et la brosse, coiffe ses cheveux en tous sens, tantôt brutalement, tantôt doucement, puis se fait violence  en s'arrachant les cheveux. Elle prononce la phrase sur plusieurs tons, parfois en chuchotant, parfois d'une manière agressive  et rageuse, puis de nouveau calmement. L'artiste tient bon ainsi pendant 45 minutes. La vidéo  réalisée ultérieurement ne montre que son buste, de manière à ce que le spectateur puisse voir l'expression de son visage.

Cette performance véhicule l'essence de la conception artistique de Marina Abramovic: le rejet d'un art qui n'a aucune  dimension sociale et humaine, mais qui est uniquement replié sur lui-même et qui veut plaire. C'est contre cette conception de l'art pour l'art qu'est dirigée son agressivité. L'artiste transpose ironiquement sur sa propre  personne la pensée du "être beau". Lors de son arrivée de l'ex-Yougoslavie aux Pays-Bas, elle  formulait ainsi sa théorie:  "L'Art sans éthique est de la cosmétique".
FREEING THE VOICE (13' 30'')
FREEING THE MEMORY (15')
FREEING THE BODY (8' 40'')

Trois expériences limites différentes avec la voix, la mémoire et le corps dans trois performances, qui ont toutes la même intention: transposer l'homme, la personne dans l'état de vide absolu, le libérer du poids inutile de ses pensées, pour se concentrer sur ses images intérieures, ses sensations et sa voix. Marina Abramovic tente d'atteindre   cet  état  de conscience - que d'autres peuvent seulement atteindre par la méditation -  par une  expérience limite  de  vide par le mouvement, la voix et les pensées. La tabula rasa doit être le point de départ d'une nouvelle  sensibilité et de l'autonomie du soi.
Dans Freeing  the voice, Marina Abramovic, couchée sur le dos, le visage caché, laisse vibrer sa voix: de longs sons semblent provenir du plus  profond de son corps, car sa voix très basse au début s'élève au fil de la performance et prend des facettes totalement différentes, jusqu'à ce que plus aucun son ne  sorte. Sa  voix laisse parfois entendre  un long lamento, donne  ensuite des  accents mélancoliques  ou cassés. Elle ne ferme jamais la bouche, s'interrompant seulement pour respirer.

Marina  Abramovic a tenu bon pendant 60  minutes au Kulturni Centar de Belgrade (1976).

De manière similaire, à la galerie Dacic de Tübingen (novembre 1976), l'actrice,  pendant  50 minutes,  vide  son  esprit en sortant tout ce qui lui passe par la tête. Elle parle en serbe ; la bande vidéo propose une traduction  anglaise à l'écran. Les  chaînes d'association générées sont très révélatrices de la fonction  de la mémoire  des  champs  sémantiques. Marina Abramovic commence par énumérer quelques parties du corps, puis des maladies, des objets, des métaux, etc., jusqu'à ce que plus rien ne lui vienne à  l'esprit, participant ainsi à l'état de vide souhaité.
Dans la plus longue des  performances, Freeing the  Body, l'artiste nue danse sur place pendant 6 heures avec un masque -  afin de dévier  l'attention des spectateurs  sur son corps. Accompagnée  d'un percussionniste, elle se meut  en rythme au son du tambour dans la galerie Mike Steiner à Berlin (1976). Elle  atteint  ici la  limite  de ses  forces  physiques d'une manière plus  extrême  que  dans les  autres  actions live, puisqu'elle finit par s'écrouler tout simplement d'épuisement.
Les sensations de vide sont de nature totalement différente d'une fois à l'autre, car elles sont liées soit à une grande fatigue physique ou intellectuelle, soit à une extinction de voix ; pourtant, les  limites de ses  capacités physiques ont chaque  fois trahi sa volonté. L'observateur ne  peut malheureusement reproduire cette  expérience  que de  manière visuelle et mentale. (@ Lilian Haberer)

Publié dans Performances

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