Face of the Earth @ Vito Acconci. 1974

Publié le par Olivier Lussac

FACE OF THE EARTH,  1974
Face of the Earth fait entrer le spectateur dans un univers mythique, dont le théâtre est le visage de l’artiste montré dans une perspective renversée, à l’horizontale. Vito Acconci est allongé. La caméra fixe en gros plan et en plongée son visage, dont le cou et le menton apparaissent au premier plan. Le corps comme lieu est conçu ici au sens physique et métaphorique. Le déplacement des mains et des doigts de l’artiste sur son visage transfigure celui-ci en un territoire de plaines et de montagnes. Le récit d’un cow-boy, les mélodies chantonnées et le trot d’un cheval nous font entrer dans l’espace légendaire du far-west américain. Le bruitage est produit par la frappe des doigts sur la tête et des claquements de langue. Le monologue introduit de l’émotion et des interrogations sur l’identité culturelle et individuelle : "off my head", "where did I come from", "just ridding […] a new desert […] where should I go ? […]" 1 La promenade des doigts se transforme, avec l’intensité narrative, en caresses ou en frottements las et inquiets. Le voyage dans le temps est contracté, une vie défile avec la lassitude de la répétition des faits, les peurs, les rêves, les fatigues, les encouragements, les motivations ("an other town, an other woman, an other woman […]" 2). Le relief du paysage, rappelé par le déplacement de la main, devient la métaphore des rythmes du vécu. Dans ce dédale une raison vitale est évoquée, qui n’est ni l’argent, ni la culture, mais la continuité de la vie et son aboutissement : "Just keep going", "I become a part […] of the rock, of the trees […] I know what everything been" 3. L’univers culturel américain et le visage co-existent également dans l’installation Body Building in the Great Northwest (1975). Le paysage nord-américain est présenté par la projection d’un film (au sol) et celle de diapositives de grandes marques américaines comme Coca-Cola. Sur un moniteur incliné, la bande vidéo du visage de Vito Acconci défile. Le paysage et le visage sont dissociés spatialement au profit d’un rapport critique, introduit par la direction du regard de l’artiste et par son monologue interrogeant le spectateur sur sa perception propre, sa position et ses rapports au sein de ce monde recréé. Que ce soit par la légende ou par la réalité sociale américaine, Face of the Earth et l’installation Body Building in the Great Northwest rappellent le travail critique des artistes américains des années 1965-70 sur les faits socio-culturels, historiques ou imaginaires (entre autres, les drapeaux américains de Jasper Johns). (Thérèse Beyler)
1 "sort de ma tête", "d'où je venais", " chevauchant ainsi […] un nouveau désert […] où devrais-je aller ? […]"
2 "une autre ville, une autre femme, une autre femme […]"
3 "simplement, continue", "je deviens roche, arbres […] je connais l'essence des choses"

1974, 22:18 min, color, sound
In Face of the Earth, Acconci's face becomes a metaphorical theater for a narrative drama of the mythic American landscape. Eyes closed, his face filling the screen in extreme close-up, the camera looking up from his chin, he inhabits a dreamlike, intensely theatrical space. Alternately humming and whispering, Acconci begins an oddly poetic, hypnotic monologue, a stream-of-consciousness fantasy of a gunfighter in the American West. "As if I were riding in from over the mountains... Where did I come from?" His fingers run over the landscape of his face in the rhythm of a galloping horse, or caress it as the narrative tension builds. With language as a catalyst, he conducts a riveting examination of his own identity through American cultural mythologies.

Publié dans Performances

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