Open Book @ Vito Acconci. 1974

Publié le par Olivier Lussac

OPEN BOOK, 1974
Open Book consiste en un gros plan serré sur la bouche de Vito Acconci, qui s’est engagé paradoxalement à la garder grande ouverte pendant qu’il parle. Les fonctions d’articulation et de communication du langage parlé sont ainsi contredites. Son monologue, qui invite le spectateur à entrer en relation avec l’image et l’artiste, est presque incompréhensible. Cette vidéo met donc en retrait la parole au profit de la bouche comme représentation incongrue de l’ouverture à l’autre et comme lieu ou livre.
Concentré sur cette image prégnante, le spectateur voit d’abord les lèvres et les dents, puis la langue en gros plan comme un muscle en activité dans son antre semblable à une grotte. L’espace de la parole est manifesté par la cavité buccale et par les sons ouverts projetés en avant par le souffle.
La durée du film et la fatigue due à la contrainte conduisent l’artiste à relativiser les règles qu’il avait fixées. La voix s’éraille et la bouche s’assèche, Vito Acconci déglutit pour reprendre ses forces. Il demande pardon pour avoir fermé la bouche, comme si cette fermeture signifiait une rupture dans la relation à autrui. Enfin, il articule davantage, et ses paroles deviennent plus compréhensibles. Il dit notamment : "You can go inside", "It’s not a trap" 1.
La bouche est une ouverture où passent la nourriture, le son et le souffle. Si, dans Two Takes, Vito Acconci l’avait définie comme un lieu d’ingurgitation et de prise de possession, dans Open Book, il la présente à l’échelle de l’écran et la transfigure en un lieu d’accueil fantastique, en attente de l’autre. Elle est un seuil puis un lieu de communication et de relation, exhibé et mis en abîme par la limite infranchissable de l’écran de télévision. L’esthétique de Vito Acconci ne relève ni de l’art formel, ni de l’art conceptuel au sens strict, qui lui sont contemporains. Elle est conçue dans un rapport à la chair et au corps et contraste par là même avec l’immatérialité de la vidéo et la décontextualisation de sa lecture dans le lieu du spectateur. (Thérèse Beyler)
1 "Tu peux entrer", "Ce n’est pas un piège".

1974, 10:09 min, color, sound
In Open Book, Acconci's open mouth fills the screen. Struggling to hold his mouth open, he attempts to talk to the viewer, intoning in an almost unintelligible voice: "I'm not closed, I'm open. Come in...You can do anything with me. Come in. I won't stop you. I can't close you off. I won't close you in, I won't trap you. It's not a trap." As though under the authority of an implicit contract with the viewer, Acconci fights to keep his "promise" of remaining open. When his mouth accidentally closes, he begs for the viewer's forgiveness: "That was a mistake. I won't close. I won't close you off. I won't close you in. I'm open to everything...." The controlled action is typical of the works in which Acconci sets up an implicit agreement to perform a specific act for the viewer.

Open Book 09:10 1974
Acconci's open mouth is framed by the camera in an extreme close-up, bringing the viewer uncomfortably close. A  desperate sense of strained urgency comes across as Acconci gasps, "I'll accept you, I won't shut down, I won't shut you out... I'm open to you, I'm open to everything... This is not a trap, we can go inside, yes, come inside..." Acconci continues to plead in this way for the length of the tape, his mouth held unnaturally wide open. The pathological psychology of such enforced openness betrays a desperate struggle to accept and be accepted by others. The sustained image of Acconci's open mouth also evidences a sinister, vaguely threatening streak that is more or less evident in much of Acconci's work.



www.ubu.com/film/acconci_book.html link

Publié dans Performances

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