The Red Tapes @ Vito Acconci. 1977

Publié le par Olivier Lussac

THE RED TAPES, 1977
The Red Tapes est une vidéo long métrage en trois parties enregistrées sur trois bandes distinctes et destinées à être vidéoprojetées sur un grand écran. Cette oeuvre est une synthèse complexe de la recherche artistique de Vito Acconci à partir de ses romans ou nouvelles, de sa poésie, des Following Pieces, des actions et performances, de ses films Super 8 et des vidéos. Elle expose la structure psychologique de l’individu, son rapport à autrui et à une culture déterminée. Vito Acconci entend aussi se placer au coeur de la problématique de la création par cette question existentielle : comment gérer la contrainte des attentes de la société et des formes de langage données (codes et conventions) sur l’individu ? Le titre même suppose des jeux de mots critiques, d'une part dans le rapport à l’expression américaine "red tapes" qui signifie paperasserie et formalité administrative, d'autre part avec la dominante sépia de la troisième bande et l'association de la couleur à l'idiome "voir rouge" et au sentiment de révolte.
La première partie expose d’une part la structure du moi sous le concept de biographie bien qu’il n’y ait pas ici de récit d’un vécu personnel, d’autre part le rapport à l’histoire nationale américaine (par exemple, l'assassinat de Kennedy) et les réactions communes à la population exprimant le vécu collectif.
La seconde partie évoque la relationalité temporelle et humaine. Le passé individuel est symbolisé par la pierre qu’on déplace, tel Sisyphe. Les rapports de l’individu à autrui sont mis en place successivement : la solitude (en prison), le couple, la camaraderie, la rue, l’amitié. Ce parcours se clôt sur une robinsonnade (un rapport du temps chronologique au vécu individuel dans un espace isolé et clos). L’idée d’un enfermement, à la fois temporel, spatial et affectif, domine. Dans la troisième partie, les références terrestres - le vent, le sable - et culturelles - légendaires, littéraires (Le Dernier des Mohicans) et socio-politiques (Miss America) insistent sur la prise de conscience de l’appartenance à une culture, de sa signification et de ses buts. La reconnaissance de l’identité américaine par l’individu et le groupe apporte une conclusion, sinon une fin à la problématique posée, et la vidéo se termine alors sur une longue séquence où Vito Acconci debout, en contre-plongée, clame dans un micro sur le ton de la revendication : "We found it" 1.
Le biographique, le relationnel et la conscience de la culture forment les trois espaces concentriques de la création. L’émergence de la personnalité dans la troisième partie est posée en rapport dialectique avec la proposition de la première bande : l’immersion arbitraire du moi, par la  naissance, dans une culture donnée. La diversité des langages utilisés, la fragmentation, la discontinuité, la spatialisation, l’entrelacement de différents codes et la distance entre le texte et l’image font de cette vidéo une sorte de labyrinthe. Le texte parlé évolue du monologue au dialogue construit d’une pièce de théâtre (dans la dernière partie). Le monologue est entrecoupé de leitmotiv, d’un choeur comme au théâtre : "We are the people" 2, de listes de mots, d’onomatopées contextualisantes et descriptives. La voix collective est alternativement symbolique de l’humain - par l’expression de sentiments et de fantasmes : "We had no country. We sailed away. How deep is the ocean ? How deep is the ocean ?" 3 - et de la culture américaine : "We told you to shape. We told you to form. We told you to build" 4.
Vito Acconci apparaît tout au début les yeux bandés, puis fait disparaître son corps de performeur et les conditions des "exercises quasi-ESP", pour présenter un monde à travers différents médias : des photographies de paysages (prélevées directement dans un livre), d’immeubles, de voitures, d’un champignon atomique, des cartes des Etats-Unis, des saynètes d’objets miniatures (boutons, figurines en plastiques, petites voitures), des séquences en plan fixe sur des images abstraites architecturées par la lumière, des travellings dans des décors théâtraux sobres - des architectures à étages ou linéaires. L’image vidéo acquiert un rôle particulier lorsqu’elle est réduite à un écran gris utilisé systématiquement comme une césure. Associée aux variations et à la richesse du texte et de l’expression vocale et à une musique religieuse, elle est le lieu d’une théâtralité. Dans My Word, Vito Acconci s’inscrivait dans un rapport à une biographie romancée et dans une réflexion introspective, tout en s’éloignant déjà du travail en Super 8 et des premières années de la vidéo, par l’élargissement du corps de l’artiste à l’espace de l’atelier et de la ville dans une sensibilité qui rejoignait les artistes américains de sa génération. Dans The Red Tapes, Vito Acconci élargit l’interrogation du moi pour entrer dans l’espace social et culturel, par la synthèse des connaissances acquises dans les travaux antérieurs. (Thérèse Beyler)
1 "On a trouvé."
2 "Nous sommes le peuple."
3 "Nous n'avons pas de pays. Nous avons voyagé sur les mers. Combien les profondeurs de l'océan sont insondables ! Combien les profondeurs de l'océan sont insondables !"
4 "Nous te demandons de donner forme. Nous te demandons d'organiser. Nous te demandons de construire."

1976, 141:27 min, b&w, sound
The Red Tapes is Acconci's masterwork, a three-part epic that is one of the major works in video. Designed originally for video projection, the work is structured to merge video space -- the close-up -- with filmic space -- the landscape. Acconci maps a topography of the self within a cultural and social context, locating personal identity through history, cultural artifacts, language and representation. Stating that the work moves "from Vito Acconci to a larger Americanism, between a psychological personal space and a cultural personal space," he constructs a dense, poetic text in this search for self and America.
Opening with the image of Acconci, blindfolded, the tapes evolve as a complex amalgam of narrative strategies, photographic images, music and spoken language. The formal system is the alteration of blank screen and image; grey screen is paired with voice, which leads to image, which leads back to grey screen with voice, etc. In Tape 1: Common Knowledge, the focus is on representation and self (as Acconci is seen in close-up), landscape is a photographic image, and the narrative is that of a mystery story. Tape 2: Local Color is essayistic, analytical; the perspective is widened, the body is seen in context, architectural and sculptural space become manifestations of the psychological. In the conclusion, Tape 3: Time Lag, the space is theatrical and the action is communication, as Acconci and actors act out a "rehearsal of America." From the autobiographical to the social, from the "I" to the "we," through the discourses of literature, psychoanalysis, cinema, art and popular culture, The Red Tapes is an extraordinary chronicle in which Acconci locates the self within the mythic constructions of culture and history.
Camera: Ed Bowes. Sound: Tom Bowes. Music: Charles Ives. With: Ericka Beckman, Ilona Granet, Richie O'Halloran, Kathy Rusch, David Salle, Michael Zwack.

The Red Tapes  2:20:00 1976
The Red Tapes is a three-part epic that features the diary musings of a committed outsider— revolutionary, prisoner, artist. The series offers a fragmented mythic narrative and a poetic reassessment of the radical  social and aesthetic aspirations of the previous decade. Acconci maps a  "topography of the self," constructing scenes that suggest both the intimate video space of close-ups, and the panoramic landscape of film space. The production of The Red Tapes involved painters and filmmakers Erika Beckman, Ilona Granet, Richie O'Halloran, Kathy Rusch, David Salle, and  Michael Zwack.
                                     
"I'm thinking of landscape in terms of movie—I'm forced then to treat landscape as a dream, myth, history of a culture. Thinking of person, close-up, in terms of video—I'm forced then to treat person on-the-spot news, convoluted soap opera."  —Vito Acconci, 1976
This title also appears on: Anthology: Surveying the First Decade Anthology: Surveying the First Decade: Volume 1


www.ubu.com/film/acconci_red1.html link
www.ubu.com/film/acconci_red2.html link
www.ubu.com/film/acconci_red3.html link

Publié dans Performances

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