Slow Angle Walk (Beckett Walk) @ Bruce Nauman. 1968

Publié le par Olivier Lussac

NAUMAN SLOW-ANGLE-WALK 1
SLOW ANGLE WALK (BECKETT WALK), 1968
Une caméra fixe et inclinée montre des images de Bruce Nauman qui répète pendant environ une heure une séquence laborieuse d'exercices pour se déplacer d'un bout à l'autre de son atelier.
Au début de l'action, Bruce Nauman se trouve au fond de la pièce, les mains attachées derrière le dos. Il jette une de ses jambes en avant à angle droit, puis tourne son corps de 45° et retombe brutalement sur cette jambe en faisant du bruit et en soulevant l'autre jambe en arrière, le corps penché en avant comme un balancier. Il répète ensuite cette même séquence. Trois pas vers la droite, trois pas vers la gauche, pour finalement avancer de deux pas seulement. Au fur et à mesure qu'il avance vers la caméra, donc vers le spectateur, il devient de plus en plus difficile de voir l'intégralité de ses actions. La caméra fixe découpe un cadre qui définit la scène représentée. Son corps est ainsi montré de manière fragmentée, dissociée. La tête est souvent coupée, ou bien l'on ne voit que le pied ou la jambe. A certains moments, Bruce Nauman sort totalement du champ, seuls les bruits de ses pas indiquent sa présence. Cette manière de traiter son corps avec détachement par la fragmentation et la mise hors-champ est renforcée par le flottement perceptif et l'impression d'apesanteur produits par l'espace inversé. Dans Slow Angle Walk (Beckett Walk), le spectateur est confronté à un sentiment d'aliénation qu'il expérimente en regardant l'artiste dans le double enfermement du cadre et de son atelier.
Ces actions ont été prédéterminées de façon extrêmement rigoureuse et détaillée dans deux dessins de 1968-69 qui ont servi d'études. Bruce Nauman a longuement répété ses exercices avant de les exécuter devant la caméra. L'enregistrement a été fait en continu, une heure durant, sans aucune interruption ni de la prise de vues, ni de l'action. La rigueur de la méthode n'exclut cependant pas le hasard. C'est ainsi qu'une certaine tension se crée quand il perd l'équilibre et surtout quand il tombe. Bruce Nauman exécute ses gestes avec une telle concentration et une telle conviction que le résultat devient aussi puissant qu'absurde.
La lecture de Samuel Beckett est venue renforcer certaines de ses intuitions. En effet, les personnages de Beckett ont très souvent des comportements obsessionnels. Bruce Nauman porte un intérêt tout particulier au personnage de Molloy, qui déplace des cailloux d'une poche à l'autre de son manteau sans les mélanger. Pour Bruce Nauman, cet exercice fastidieux, inutile et absurde, relève néanmoins d'une activité humaine digne d'être examinée avec attention. Slow Angle Walk (Beckett Walk) s'inspire d'une description de Samuel Beckett dans laquelle le personnage se déplace d'une habitation à l'autre. Les mouvements du corps ressemblent à des exercices - plier, tourner, soulever une jambe - répétés à l'infini. La progression, ne serait-ce que d'un mètre, implique un processus ennuyeux et compliqué.
Tout comme Samuel Beckett, Bruce Nauman utilise des gestes quotidiens et banals d'une manière si crue qu'ils regagnent l'intérêt et la puissance qu'ils avaient perdus avec l'habitude de leur usage. Cristina Ricupero

1968, 60 min, b&w, sound
A fixed camera turned on its side records Nauman repeating for nearly an hour a laborious sequence of body movements inspired by passages in works by Samuel Beckett that describe similarly repetitive and meaningless activities. Hands clasped behind his back, he kicks one leg up at a right angle to his body, pivots forty-five degrees, falls forward hard with a thumping noise, extends the rear leg again at a right angle behind, and begins the sequence again. As in many of his fixed-camera film and video works, parts of Nauman's body disappear from the frame as he moves close to the camera; occasionally, he walks off-screen completely while the sound of his footsteps continues on the sound tracks.SLOW ANGLE WALK (BECKETT WALK), 1968

Une caméra fixe et inclinée montre des images de Bruce Nauman qui répète pendant environ une heure une séquence laborieuse d'exercices pour se déplacer d'un bout à l'autre de son atelier.
Au début de l'action, Bruce Nauman se trouve au fond de la pièce, les mains attachées derrière le dos. Il jette une de ses jambes en avant à angle droit, puis tourne son corps de 45° et retombe brutalement sur cette jambe en faisant du bruit et en soulevant l'autre jambe en arrière, le corps penché en avant comme un balancier. Il répète ensuite cette même séquence. Trois pas vers la droite, trois pas vers la gauche, pour finalement avancer de deux pas seulement. Au fur et à mesure qu'il avance vers la caméra, donc vers le spectateur, il devient de plus en plus difficile de voir l'intégralité de ses actions. La caméra fixe découpe un cadre qui définit la scène représentée. Son corps est ainsi montré de manière fragmentée, dissociée. La tête est souvent coupée, ou bien l'on ne voit que le pied ou la jambe. A certains moments, Bruce Nauman sort totalement du champ, seuls les bruits de ses pas indiquent sa présence. Cette manière de traiter son corps avec détachement par la fragmentation et la mise hors-champ est renforcée par le flottement perceptif et l'impression d'apesanteur produits par l'espace inversé. Dans Slow Angle Walk (Beckett Walk), le spectateur est confronté à un sentiment d'aliénation qu'il expérimente en regardant l'artiste dans le double enfermement du cadre et de son atelier.
Ces actions ont été prédéterminées de façon extrêmement rigoureuse et détaillée dans deux dessins de 1968-69 qui ont servi d'études. Bruce Nauman a longuement répété ses exercices avant de les exécuter devant la caméra. L'enregistrement a été fait en continu, une heure durant, sans aucune interruption ni de la prise de vues, ni de l'action. La rigueur de la méthode n'exclut cependant pas le hasard. C'est ainsi qu'une certaine tension se crée quand il perd l'équilibre et surtout quand il tombe. Bruce Nauman exécute ses gestes avec une telle concentration et une telle conviction que le résultat devient aussi puissant qu'absurde.
La lecture de Samuel Beckett est venue renforcer certaines de ses intuitions. En effet, les personnages de Beckett ont très souvent des comportements obsessionnels. Bruce Nauman porte un intérêt tout particulier au personnage de Molloy, qui déplace des cailloux d'une poche à l'autre de son manteau sans les mélanger. Pour Bruce Nauman, cet exercice fastidieux, inutile et absurde, relève néanmoins d'une activité humaine digne d'être examinée avec attention. Slow Angle Walk (Beckett Walk) s'inspire d'une description de Samuel Beckett dans laquelle le personnage se déplace d'une habitation à l'autre. Les mouvements du corps ressemblent à des exercices - plier, tourner, soulever une jambe - répétés à l'infini. La progression, ne serait-ce que d'un mètre, implique un processus ennuyeux et compliqué.
Tout comme Samuel Beckett, Bruce Nauman utilise des gestes quotidiens et banals d'une manière si crue qu'ils regagnent l'intérêt et la puissance qu'ils avaient perdus avec l'habitude de leur usage. Cristina Ricupero

1968, 60 min, b&w, sound
A fixed camera turned on its side records Nauman repeating for nearly an hour a laborious sequence of body movements inspired by passages in works by Samuel Beckett that describe similarly repetitive and meaningless activities. Hands clasped behind his back, he kicks one leg up at a right angle to his body, pivots forty-five degrees, falls forward hard with a thumping noise, extends the rear leg again at a right angle behind, and begins the sequence again. As in many of his fixed-camera film and video works, parts of Nauman's body disappear from the frame as he moves close to the camera; occasionally, he walks off-screen completely while the sound of his footsteps continues on the sound tracks.

NAUMAN SLOW-ANGLE-WALK 2

Publié dans Performances

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