Orbital Obsessions @ Steina Vasulka. 1975-77

Publié le par Olivier Lussac

ORBITAL OBSESSIONS, 1975-1977
Cette bande fait partie d'un projet de longue haleine auquel Steina s'est attelée dès le milieu des anées 70, qu'elle appelle Machine Vision ; il s'agit de trouver les moyens de produire des machines capables d'avoir une vision propre, qui ne serait pas dérivée des particularités de la vision humaine. Dans le cadre de ce projet, Steina a construit des systèmes grâce auxquels la caméra pouvait être préprogrammée, et donc devenait autonome dans son fonctionnement. Steina commença par faire tourner la caméra sur une table pivotante tout à fait banale, puis elle combina plusieurs rotations imbriquées, ajouta des miroirs et des prismes afin de créer une image moins univoque. Orbital Obsessions est la relation de ces expériences successives pour arriver à une image rotative suffisamment complexe au point de vue de sa composition pour pouvoir thématiser valablement la problématique de la vision des machines. Cette bande est un montage fait à partir d'autres bandes, Signifying Nothing (1975), Sound and Fury (1975), Switch ! Monitor ! Drift ! (1976) et Snowed Tapes (1977). Elle témoigne des différentes voies d'exploration empruntées par l'artiste dans sa recherche. La bande commence par une caméra qui tourne sur une simple table pivotante dans l'atelier des Vasulka à Buffalo. Puis Steina apparaît, marchant devant la caméra en portant le moniteur sur lequel on voit l'image filmée à ce moment-là. La mise en abyme ne cesse de se complexifier au fur et à mesure que de nouveaux éléments sont introduits. On se trouve vite face à une image en mouvement rotatif qui contient d'autres images mouvantes suivant leurs orbites propres, elles-mêmes composées de reflets. Dans une autre expérience, Steina place deux caméras face à face, et se sert d'un interrupteur pour passer d'une vue à l'autre ; elle se meut dans l'espace délimité par les deux caméras, se servant de son corps comme d'un explorateur des limites de l'espace électronique. En travaillant sur un montage qui articule les images en deux bandes horizontales superposées, chaque bande ayant sa vitesse de défilement propre, en réorganisant l'espace à l'aide d'images vidéo positives et négatives, en incrustant les images les unes dans les autres, en utilisant plusieurs caméras en mouvement simultanément, Steina cerne de toutes les manières possibles les effets de la vidéo en circuit fermé et en temps réel.  Les deux dimensions fondamentales qui ressortent de cette série d'expériences sont le mouvement et la profondeur (la complexité) de l'image, qui ne saurait être fixe (le flux électronique ne l'est jamais) ni simple ; la vidéo permet des jeux proprement infinis de mise en abyme et de redoublement (notamment avec les effets de feedback.) Steina Vasulka réalisera des prises de vues en extérieur avec certaines de ses machines de vision, comme cela est le cas pour Urban Episodes (1980). La série d'expériences rassemblées ici vaut à la fois comme témoignage de l'engagement de Steina dans la compréhension des fonctionnements propres à la technologie vidéo, mais aussi parce que ces expériences sont à rapprocherdes pratiques artistiques de la performance ; les partis pris de Steina, notamment en ce qui concerne l'implication de son propre corps dans les expériences, s'inscrivent dans l'ensemble des pratiques de l'art vidéo aux Etats-Unis à ce  moment-là, passablement orientées vers le body-art et la performance. (LLH)

1975-77; revised 1988, 24:25 min, b&w, sound
Orbital Obsessions includes excerpts from Signifying Nothing (1975), Sound and Fury (1975), Switch! Monitor! Drift! (1976) and Snowed Tapes (1977). In these pieces, Steina focuses on time, space, and movement, and the means by which the mechanical can inform and engage with electronic media. Steina writes: "Ordinarily the camera view is associated with a human view point, paying attention to the human conditions around the camera. In this series the camera conforms to a mechanized decision-making of instruments.... I am also paying attention to time accumulation, in a mix of real time with time inherited from each previous generation of pre-recorded and then re-taped segments."

Publié dans Art vidéo - cinéma

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