The West @ Steina Vasulka. 1983

Publié le par Olivier Lussac

THE WEST, 1983
Cette installation à deux canaux est une tentative de restitution par l'image électronique des différentes strates historiques qui ont marqué le paysage du sud-ouest américain. Les efforts que l'homme a fait pour dresser la carte de la région et pour l'occuper ont marqué et modifié le paysage, depuis les villages troglodytes des indiens Anasazi sur les falaises jusqu'aux immenses radiotélescopes géants VLA (Very Large Array) qui tournent constamment dans un mouvement inquiétant. Le paysage désertique conserve très longtemps les marques humaines et il devient donc le support et la matière d'une image électronique complexe sur deux écrans qui symbolise l'étendue et la pénétration des technologies humaines.
Les images des deux canaux sont semblables ; lents travellings sur des paysages mythiques, qui sont bientôt travaillés électroniquement et se transforment en images radicalement nouvelles. Les travellings sur le paysage sont non seulement colorisés, solarisés, rendus flous ou saccadés, déformés par l'usage d'objectifs grand-angle ou de miroirs sphériques, mais la matière même du paysage, plis du terrain, irrégularités de la rocaille, est mise en mouvement dans une sorte de genèse électronique. Un nouveau monde se crée, des montagnes semblent se soulever, des canyons se creuser.
C'est une oeuvre charnière pour Steina, dans le sens où c'est la première fois que l'espace réel, le paysage, subsume tout le travail sur le signal électronique et sur les effets d'images qui en résultent. L'usage des deux canaux (moniteurs côte à côte ou projections) est une spatialisation de la perception qui mime l'étendue même du désert, comme l'avait fait en son temps le cinémascope. Mais ici, les deux images fonctionnent également comme deux points de vue, deux optiques, deux stades possibles de la vision, et à ce titre participent de la création d'un véritable espace de perception propre au médium vidéo. La dialectique entre la représentation et son référent tend à un équilibre ; la création d'un espace complexe qui multiplie les strates d'images, les manipulations de couleurs et de formes qui étaient centrales dans le travail des Vasulka gardent ici une présence forte, mais cette installation est avant tout un hommage à la grandeur et à la beauté de la nature. (LLH)

Publié dans Art vidéo - cinéma

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