Chott-El Djerid @ Bill Viola. 1980

Publié le par Olivier Lussac

CHOTT-EL-DJERID, 1980 link
En partant d'un phénomène physique naturel : le mirage comme effet d'optique particulier aux pays chauds, renversant les objets éloignés comme s'ils se reflétaient dans une nappe d’eau, Bill Viola travaille dans la matière même de chaque image, de chaque instant de vision, cette hypothèse scientifique, et fait de ce "mensonge" objectif une vérité subjective. Il saisit des états intermédiaires, des délimitations fragiles, des définitions incertaines entre abstraction et réalisme. Le Chott El-djerid est un vaste lac salé asséché dans le Sahara, au sud de la Tunisie ; un lieu qui s'étend à l’infini, où se produisent les mirages, le plus souvent au soleil de midi. La chaleur intense du désert manipule, plie et déploie les rayons du soleil à un point tel que l'on peut voir apparaître des choses et des êtres qui n'existent pas, des images fantômes. Dans ce paysage d'illusions et d'éblouissements, l'énigme surgit dans l'épaisseur, dans l'opacité de la représentation. A travers les vibrations de l'air chaud on découvre des camions ondulants, des silhouettes comme des spectres frémissants, une ville, un monde en fuite. Des arbres, des dunes de sable surgissent du sol ; des crêtes de montagnes, des maisons isolées s'esquissent et s'évanouissent dans cette atmosphère liquide. Parfois les images du désert sont opposées à celles plus froides de prairies en hiver (dans l'Illinois, Etats-Unis, et le Saskatchewan, Canada). Cet autre climat, autre paysage, renvoie à la même sensation de désorientation et d'étrangeté. Bill Viola nous invite à un exercice de transcription, de redéfinition incessante de l'image qui elle-même se renouvelle, se ressource à chaque instant. Il nous propose d'aller au-delà du visible, de l'intelligible, de briser cette membrane de chaleur, de puiser en nous-mêmes pour mieux saisir de telles apparitions comme surgies d'antiques légendes. Traverser, parcourir l'image, la scène, le drame. (Stéphanie Moisdon)
1979, 28 min, color, sound
Chott el-Djerid is a remarkable study of perception and transcendence. Viola writes that "Chott el-Djerid is the name of a vast dry salt lake in the Tunisian Sahara desert where mirages are most likely to form in the midday sun. Here, the intense desert heat manipulates, bends and distorts the light rays to such an extent that you actually see things which are not there. Trees and sand dunes float off the ground, the edges of mountains and buildings ripple and vibrate, color and form blend into one shimmering dance. In this piece, the desert mirages are set against images of the bleak winter prairies of Illinois and Saskatchewan, where the opposite climatic conditions induce a similar aura of uncertainty, disorientation and unfamiliarity. Ultimately the piece is not so much about mirages as it is about the limits of the image, i.e. at what distant point does the breakdown of normal conditions, or the lack of adequate visual information, cause us to reevaluate our perceptions of reality and realize that we are looking at something out of the ordinary -- a transformation of the physical into the psychological."
Production Assistant: Kira Perov. Technical Assistance: Bobby Bielecki. Supervising Producer: Carol Brandenburg. Editor: John J. Godfrey. Produced in association with the TV Lab at WNET/Thirteen, New York.

Publié dans Art vidéo - cinéma

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