The Reflecting Pool @ Bill Viola. 1977-79

Publié le par Olivier Lussac

link The Reflecting Pool est une série de cinq fragments indépendants qui, pris comme un tout, décrivent les étapes d'un voyage personnel en utilisant des images de transition, du jour à la nuit, du mouvement à la fixité, du temps au hors-temps. Passages infimes qui enregistrent les visions du cerveau, les complexités de la perception. Ici fusionnent les sources d'inspiration majeures de l'oeuvre de Bill Viola : les philosophies orientales, la phénoménologie, les thèses scientifiques sur la mémoire et la lumière, la théorie de la relativité, le double combat du Yin et du Yang, de l'homme et de la nature.
The Reflecting Pool, 1977-1979 (7')
Un homme sort de la forêt et s'installe debout au bord d'une piscine. De face, on peut voir son reflet dans l'eau. Il saute alors et son corps se fige, suspendu en l'air. Le reflet a disparu. Dans la piscine s'organise une vie de mouvements divers. Le corps de l'homme se dissout, se désagrège dans les feuillages, pendant que son reflet debout, la trace mnésique de sa présence, apparaît dans l'eau. Il surgit des profondeurs de la piscine et s'évanouit dans la forêt. Ainsi, l'image est fragmentée en trois niveaux de temps distincts, et reconstruite de telle sorte qu'elle renvoie à la représentation d'un espace unique, ses lignes de division se calquant sur la composition d'origine. Bill Viola sculpte du temps dans la matière vidéo. Il dit dans un entretien : "L'émergence du personnage solitaire, c'est le processus de différenciation ou d'individuation à partir de la nature. Je suggère que les événements de ce monde sont illusoires ou éphémères, puisqu'ils ne sont visibles que comme reflets sur la surface de l'eau. La réalité n'est jamais perçue directement - c'est la caverne de Platon." 1
Moonblood, 1977-1979 (12'48)
Le jour et la nuit convergent dans le corps d'une femme immobile, devant une fenêtre ouverte sur le monde. Une chute d'eau remplit l'écran d'images qui troublent la perception de mouvements désordonnés. Le jeu de la lumière et de sa réflexion se dénoue par étapes à l'intérieur d'un verre d'eau, dans le désert, au lever du soleil. La femme apparaît ici comme le réceptacle, le contenant du monde et de ses mirages, duquel surgit au loin la silhouette fragile de l'homme. Bill Viola rend compte ici du principe de féminité comme matrice, comme source : fluide, liquide, transparente.
Silent Life, 1979 (13'14)
Silent Life est une série de portraits de nouveaux-nés âgés de cinq minutes à un jour, réalisée dans la pouponnière d'un hôpital new-yorkais. Simple enregistrement sans effets ni trucages, ce témoignage sur les premiers instants de la vie nous parvient d'abord dans un style presque documentaire, en surface. Mais très vite, dans la contemplation de ces visages souffrants, de ces regards aveugles, l'image sourde de la mort recouvre l'évidence des premières images de vie. L'hôpital est le lieu où nous naissons et mourrons, il ouvre et ferme les parenthèses. Par de très gros plans immobiles, les yeux et la bouche ouverte des enfants, leur isolement dans des bulles de verre donnent à l'espace silencieux une pesanteur mortuaire. Les draps blancs recouvrent les lits et les corps ensommeillés, tels des linceuls.
Ancient of Days, 1979-1981 (12'21)
Cette bande est le fruit de quelques expérimentations, le résultat d'une recherche entreprise sur les systèmes de montage par ordinateur alors que l'artiste était résident à la Sony Corporation au Japon. Bill Viola traite le temps comme une force qui détruit et rend la vie dans un même mouvement, il image les principes paradoxaux, mais néanmoins complémentaires, de croissance et de déclin, d’expansion et de concentration, l'idée même de transformation intrinsèque à une image fixe et unique. Ancient of Days exprime le sens de la métamorphose du temps, et condense ces passages : temps de vision, temps d'enregistrement, temps d'imagination, temps de la rêverie, temps immémorial. Une table brûle pour mieux se reconstituer, des changements de lumière montrent le passage d'une journée sur un monument et marquent ainsi son immuabilité devant les hommes, une ville de jour se renverse dans un ciel de nuit, derrière une pendule l'image photographique d'une montagne s'anime, se dérobe à sa fixité pour devenir un large écran vidéo dans les rues de Tokyo.
Vegetable Memory, 1978-1980 (12'21)
Une série d'images enregistrées sur le marché aux poissons Tsukiji à Tokyo se développe continuellement dans le temps avec des changements de formes, de sensibilité et même de sens par rapport aux premières prises de vue, vers une totale subjectivité. Le titre de cette oeuvre se réfère aux écrits de Jabaludin Rumi, poète persan du 13e siècle, et explore selon Bill Viola "les phénomènes de perception d'une vision cyclique répétitive devenue une sorte de verre grossissant temporel". "Série de canons et fugues pour vidéo", les trente mêmes plans se répètent en boucle dans un effet de spirale, d'abord à très grande vitesse, pour arriver en quinze minutes à l'image par image. Les poissons sont découpés, puis mis de côté, encore et encore, de plus en plus lentement, dans une sorte de rituel religieux - le poisson étant pour Bill Viola un symbole naturel, une figure sacrée issue des eaux originaires, mêlant la vie et la mort. En alignant le son sur cette image sans cesse ralentie, l'artiste révèle de nouvelles formes sonores complexes, un grondement sinistre venu des entrailles de la terre. (Stéphanie Moisdon)
1 Interview donnée à Paris, aux Cahiers du Cinéma, en février 1984.

The Reflecting Pool, 1977-79
Videotape
Lent by the artist.
A man emerges from a forest and stands before a pool of water. He leaps up and time abruptly stands still. From this point, all movement and change in the otherwise still scene is limited to the reflections and undulations on the surface of the pond. Time becomes extended and punctuated by a series of events seen only as reflections in the water. The emergence of the individual into the natural environment becomes a baptism into a world of virtual images and indirect perceptions.

1977-80, 62 min, color, sound
 
The Reflecting Pool   1977-79, 7 min, color, sound
Moonblood   1977-79, 12:48 min, color, sound
Silent Life   1979, 13:14 min, color, sound
Ancient of Days   1979-81, 12:21 min, color, sound
Vegetable Memory   1978-80, 15:13 min, color, sound
Viola describes The Reflecting Pool as "a collection of five independent works which, taken as a whole, describe the stages of a personal journey using images of transition -- from day to night, motion to stillness, time to timelessness, etc. Each work explores specific video techniques and technologies, in combination with the spatial potentials of stereo sound."
In the title work, all movement and change in an otherwise still scene is confined to the reflections on the surface of a pool in the woods. Suspended in time, a man hovers in a frozen, midair leap over the water, as subtle techniques of still-framing and multiple keying join disparate layers of time into a single coherent image. Viola writes that "the piece concerns the emergence of the individual into the natural world -- a kind of baptism." He describes Moonblood as "an expression of the feminine principle, a work in three parts relating to a personal concept of woman and mother. Day and night converge within the silhouette of a woman at a window -- a rushing waterfall in winter, and the serene interplay of changing dawn light unfolds within a glass of water at dawn in the desert." Silent Life records the first hours and days of life through a series of portraits of newborn babies in a hospital nursery. The alienating hospital environment, and the vulnerability of the babies' pre-lingual gestures and expressions, suggests a primal linking of birth and death.
Ancient of Days is a remarkable series of "canons and fugues for video" that comprises Viola's most sophisticated structural and metaphorical explorations of time. Mathematical notations of precise time-code editing were applied to construct illustrations of temporal symmetry, duality and transposition -- time-based equivalents of musical compositional principles such as counterpoint and serialism. Astonishing temporal interventions -- a 180-degree pan gazing downward on a New York City street that progresses from day to night, an image of Mount Rainier in which the foreground and background unfold in different time planes -- unfold as symbolic transformations of natural and urban landscapes.
The title of Vegetable Memory derives from the writings of Jalaludin Rumi, a 13th-century Persian poet. Evolving as what he terms a "kind of temporal magnifying glass," the tape explores the perceptual phenomenon of repetitive, cyclic viewing. A loop of images recorded at the Tsukiji fish market in Tokyo is extended in progressively slower cycles, changing the form, feeling and ultimately the meaning of the original images as they move further into the subjective and pictorial.
Production Assistant/Still Photographer: Kira Perov. Technical Assistants: Bobby Bielecki, Yasuo Shinohara. Supervising Producers: Carvin Eison, Carol Brandenburg. Supervising Engineers: John J. Godfrey, Gordon Metz. Editors: Mike Ballenger, Bruce Hutter. Produced in association with the TV Lab at WNET/Thirteen, New York, and the Artists' Television Workshop at WXXI-TV, Rochester.

Publié dans Art vidéo - cinéma

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