Die Nachten und die Toten @ Wolf Vostell. 1983

Publié le par Olivier Lussac

Cette vidéo d'un concert d'action, donné le 2 décembre 1983 dans la galerie Wewerka de Berlin,  ne présente pas simplement plusieurs Happening de plusieurs heures. En effet, les images ont été retravaillées par Wolf Vostell et enrichies d'effets spéciaux, dans le but de reproduire la même impression de superposition de plusieurs scènes et de transparence que dans ses tableaux décoll/age. L'artiste a baptisé lui-même ce concert "Fluxus-Lamento" et le présente comme une plainte multiple.
Les acteurs de ce spectacle étaient Vostell lui-même, qui avait ôté les touches d'un piano qu'il avait ensuite bétonné, sa femme Mercedes, deux chanteuses (une soprano, une alto), deux danseuses, un pianiste jouant du piano à queue, une femme nue qui se frottait contre une toile recouverte de peinture, une femme qui taillait un sapin à la scie électrique et un poste de radio.
La partition de ce concert est difficilement lisible dans la vidéo, car tout se produit en même temps et seuls des extraits sont présentés. On en retient une certaine évolution et un décalage sériel simultanés. Le spectateur ne comprend le lien entre les fragments d'images et les superpositions qu'après avoir réussi à identifier les éléments simples puis à trouver une explication au "Fluxus-Lamento". Au travers de cette vidéo, Wolf Vostell a créé une nouvelle vidéo décoll/age qui ne doit pas, comme ses peintures, être considérée comme une documentation mais comme une préparation originale à la matière des concerts-action.
L'artiste ôte les touches noires du piano au moyen d'une spatule puis verse du lait sur le clavier. Au cours du concert, il recouvre les touches de béton puis le piano de branches de sapin. Un poste de radio posé sur le piano est allumé et Wolf Vostell change parfois de station. Sa femme Mercedes produit des bruits acoustiques au moyen d'un bâton de bambou qu'elle cogne contre un vase recouvert de peau de bête et crie en espagnol dans toute la salle, à distances irrégulières. Les chanteuses produisent des sons longs, qui se reproduisent continuellement et en décalage grâce aux compositions de Morton Feldman qui se succèdent. A cela s'ajoutent deux danseuses vêtues de noir qui bougent toujours avec le même rythme, d'avant en arrière, dont les pieds sont entourés de chaînes en métal et qui portent dans le dos des cadavres d'animaux comme des ailes d'anges. Le pianiste joue des airs classiques de Bach et ceux d'autres compositeurs, airs qu'il interrompt au beau milieu pour en jouer un nouveau, afin de rendre la partition illisible. Une femme nue est étendue sur une toile, au-dessous de robinets pendant du plafond. Elle peint lentement son corps de longues lignes de couleurs primaires lumineuses. Entre tous ces bruits mélangés de scie électrique, de pianos, de radio, de percussions et de voix, on assiste à une courte pause générale.
Les seuls éléments mettant en valeur des traditions intellectuelles, tels que le piano, les airs classiques et la danse de société, sont clairement démontés et mis en scène au même niveau que les bruits familiers de la radio et de la scie. Ce démontage Fluxus impose clairement son accent, malgré la régie, dans l'action toujours changeante des acteurs et, brisant la rigidité des formes, modifie les préceptes de la danse, de la musique classique et de la peinture.
La fureur, l'explosion de décoll/age, formulées par Wolf Vostell en 1966 dans sa phrase "L'accumulation, c'est le collage, l'explosion, c'est le décoll/age", ne dérangent pas seulement les échantillons communs et ennuyeux de la réflexion artistique traditionnelle, mais doivent au contraire, grâce à l'authenticité des happenings ou des concerts d'action, donner naissance à de nouvelles expériences, à des fantaisies multiformes, secouer le public et lui faire prendre conscience de la réalité politique et sociale.
La vidéographie de David Vostell, qui comprend différents effets de peinture et la réduction de la structure d'une image, afin que la scène de fond semble réelle, n'insiste pas seulement sur la multitude, l'enchaînement, la simultanéité des moments uniques, mais aussi sur l'esthétique des décoll/ages de Wolf Vostell sous une forme imagée.
La tentative du Fluxus est clairement exprimée: lier les différents arts en dépassant les frontières, sans les assembler sous une pensée unique, mais en les rendant visibles par la juxtaposition des scènes individuelles, hétérogènes, visiblement incohérentes, comme dans le principe du décoll/age connu sous le nom de "als Pfahl im Fleische" (Rudij Bergmann). (Lilian Haberer)

Publié dans Performances

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