La Synesthésie

Publié le par Olivier Lussac

On parle de synesthésie quand un son provoque une sensation de couleur. Mais en ce qui concerne l’union des arts plastiques et de la musique, le terme synesthésie est compris dans un sens large. Il signifie le sentiment d’une relation étroite entre différentes propriétés sensorielles perçues simultanément. Littéralement, la synesthésie est une conjonction de sensations, individuelles et se justifiant et dans l’espace et dans le temps. Elles sont additives, parce qu’il y a simplement adjonction (et non pas superposition) d’un mode de perception sur un autre mode, sans que l’un soit remplacé par l’autre. Il faut donc distinguer la synesthésie et sa nature phénoménologique de la métaphore, de la figure littéraire,  du symbolisme des sons ou de l’artifice artistique. Richard Cytowic, dans un livre intitulé The Man who tasted Shapes (Éditions Putman, New York, 1993), place l’expérience artistique comportant une fusion sensorielle en dehors du domaine de la recherche sur la synesthésie. Il distingue la perception sensorielle de la synesthésie, de l’inter-modalité mentale, c’est-à-dire des associations non-synesthésiques qui relèvent du langage métaphorique., et des aspirations artistiques de fusion sensorielle. La synesthésie se caractérise par le phénomène de passage d’un mode sensoriel à un autre, parce qu’il est involontaire (mais provoqué), par une projection, par un aspect durable (mais discret et générique), par une modalité de mémorisation, et enfin par un aspect émotionnel (et noétique). Alors l’expérience artistique est-elle, dans ce cas, une synesthésie ou une fusion sensorielle ? Peut-on si facilement séparer l’expérience artistique de ce qui relève de l’aspect scientifique, et plus précisément de son aspect psycho-physiologique ou psychophysique ?
La synesthésie est donc un mécanisme psychique, lorsqu’on associe automatiquement un son et l’objet qui émet ce son, mais son mode de perception n’est pas ordinaire. Il existe en effet un principe fondamental selon lequel, par exemple, l’oreille permet de rechercher l’origine et de localiser tout bruit.
Ce principe est défini comme une association intermodale involontaire. On peut distinguer deux types de synesthésie. Le premier est bimodale, le second étant multimodale. Il s’agit dans le premier cas d’un croisement de deux sens (visuel, auditif, tactile, gustatif et olfactif). Dans un cas normal, nous trouvons dix modes de relations synesthésiques. Les perceptions sont cependant unidirectionnelles, elles ne présupposent pas, au premier chef, une simple relation ou une fusion. La musique évoque des couleurs, mais les couleurs, au contraire, ne présupposent pas obligatoirement de sensations auditives. Virtuellement, vingt modes de corrélation sont envisageables, si nous nous trouvons dans le cas d’une réciprocité, par exemple, la couleur influence la perception d’un son, ou l’inverse une image vient évoquer un son particulier. Nous nous trouvons, ici, face à un phénomène de synesthésie bidirectionnelle. C’est précisément la paire son-couleur qui nous intéresse, c’est-à-dire la synesthésie audio-visuelle.
Parfois, la synesthésie est multimodale, parce qu’elle croise trois ou plusieurs sens. Une peinture peut évoquer des sons et les sons eux-mêmes. Enfin, il existe une synesthésie catégorielle ou cognitive, qui n’est le croisement de plusieurs sens, mais la suggestion d’un sens secondaire avec un système de catégorisation culturelle (par exemple des nombres, des lettres, des graphèmes, des phonèmes…). Le cas le plus fréquent étant l’alphabet en couleur, mais alors cette dimension ouvre aussi artistiquement sur des formes de poésie visuelle. Il ne s’agit pas ici de déceler les mécanismes propres à ce type d’art, mais d’ouvrir sur des interrogations et sur les relations spatio-temporelles, sur l’approche esthétique et perceptive de l’audition et de la vision, enfin sur une analyse de la synesthésie.

Publié dans Textes-Définitions

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