Le Baiser de l'artiste @ Orlan. 1977

Publié le par Olivier Lussac

ORLAN 1977 Le baiser de l'artiste

- ORLAN, Action Orlan-corps: le baiser de l’Artiste, 1977. FIAC. Grand Palais. Paris.

— « Sylvie Roques : Vous parliez de ‘‘performance-action’’ pour les MesuRages. Est-ce que Le Baiser de l’Artiste  (1977) entre également dans cette catégorie d’action ?

Orlan : Oui, c’est une action, j’allais dire, une action politique au sens très large du terme. Il ne faut pas oublier que cela se passait à la FIAC, donc une foire d’art contemporain où on se demande ce que devient l’artiste, ce que devient le corps de l’artiste, comment il est annihilé, absorbé et utilisé par le marché. C’était aussi à partir d’un texte qui s’appelait Face à une société de mères et de marchands dont la première phrase était : « Au pied de la croix il y avait deux femmes, Marie et Marie Madeleine », c’est-à-dire deux stéréotypes de femmes auxquelles il est difficile d’échapper quand on est femme. J’avais fabriqué une sorte de piédestal noir qui avait quelque chose d’un peu mortuaire et également un aspect un peu drôle au final. D’un côté il y avait mon effigie en sainte ORLAN grandeur nature, représentée par une photo noir et blanc collée sur bois et détourée, de l’autre côté se trouvait une chaise avec mon buste en photo, également collé sur bois et détouré, derrière lequel je passais. C’était la place respectivement d’ORLAN-corps et de sainte ORLAN, à qui l’on pouvait mettre pour cinq francs des cierges. Pour ORLAN-corps, le fonctionnement était différent : on pouvait mettre une pièce de cinq francs dans le buste où il y avait une fente. La pièce tombait alors dans l’oesophage en plastique et arrivait dans le pubis tiroir, transparent. J’avais un sein qui clignotait en rouge. L’action qui était le (sic) plus lisible, c’était celle où j’agissais comme un camelot en disant : « Cinq francs. Pour cinq francs, qui n’a pas son petit baiser ? Enfin une oeuvre conceptuelle à la portée de toutes les bourses. A 5 francs, ne vous censurez pas. » C’était très joueur tout en étant assez drôle et humoristique. En même temps, on prenait le risque d’un vrai baiser, d’un vrai baiser avec la langue. A la fin du baiser, je déclenchais quelques mesures d’une toccata en si mineur de Bach et une sirène électronique d’alarme très violente en marquait la fin.

Dans cette action, il y avait toute une mise en scène. Cet arrangement visuel pour moi est très important, car je l’ai construit avant toute chose. On pourrait dire que c’était une « sculpture à réactiver ». Cette sculpture sans moi et sans mon corps a été achetée par des collections publiques et tourne dans le monde entier. En ce sens, pour moi, il y a toujours un lien entre la sculpture, la peinture, la photo, des pratiques artistiques très différentes d’où je viens et aussi la performance, qui est intégrée, mixée. »

(Orlan, « entretien avec Sylvie Roques, mardi 27 novembre 2012 au studio Orlan à Paris », revue Communications, n° 92, 2013, Paris, Seuil, p. 221-222.)

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