@ Marie Vallier-Savine. Grenoble-Sarcelles-New York...

Publié le par Olivier Lussac IDEAT

marie vallier-savine
Grenoble, Sarcelles, New-York…
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Arrivée à Grenoble -
La rocade, voie rapide comprimée entre la rivière Drac et un rideau de bâtiments abandonnés… site architectural apparamment délaissé…environ 7 hectares de friches s’étendent le long du ruban d’asphalte et composent le Site Bouchayer-Viallet. Comment imaginer que ce territoire inanimé accueille l’Archipel des Squats de Grenoble : Brise Glace, Mandrak, Tapavu, La Barak , et cotie le plus grand Centre d’Art Contemporain du paysage français ; comment imaginer qu’il cache, derrière ces immenses façades taguées, l’un des quartiers les plus riches culturellement de la ville ? l’un des plus bouillonnants d’images ?

Parler de la ville, c’est se confronter aux multiples champs de l’activité de création et de production d’objets, d’espaces, de lieux d’échanges culturels et commerciaux ; c’est aussi imaginer qu’au-delà de l’utile, du fonctionnel, la ville est une forêt de signes et de symboles.

L’objet d’étude défini à travers l’intitulé générique les friches et le vide dans la ville montre un ensemble de constantes où s’enchevêtrent et agissent des éléments de production et des modes d’action communs à des cultures cependant très différentes. Bien que pluriel et contrasté, le paysage pose la question des usages des territoires métropolitains dont on cerne de plus en plus difficilement les limites et interroge ses friches qu’elles soient industrielles, urbaines ou paysagères. Est-ce à dire que la ville contemporaine questionne les processus de dé-territorialisation et de re-territorialisation ? Ces processus, nous l’avons observé, s’étendent en marge des zones habitées et créent des superpositions de dispositifs spatiaux à partir desquels les créateurs et principalement les artistes inventent et fabriquent de nouveaux lieux pour produire.
Ces morceaux de ville, ces territoires hybrides, ces espaces sous-utilisés, en frange, aux bords, à côté de… contribuent à nourrir les démarches plastiques et rendre une lecture singulière de la composition urbaine et permettent une mise en perspective de quelques orientations sur les spécificités culturelles, sociales et politiques des territoires empruntés par les artistes.

De l’analyse d’un territoire ouvert à Sarcelles, à la découverte du Site Bouchayer-Viallet, en déambulant dans Meat Market, nous tentons de considérer comment les villes appréhendent le problème de leurs friches ; comment à la place de l’habitat ouvrier et des entreprises en déclin, comment à la place des garages de Chelsea et des caracasses de viande , les vacant-lands présentent un intérêt à la fois culturel et écologique.

Les friches et le vide généré par l’abandon nous permet aujourd’hui de situer l’émergence des ateliers d’artistes et des squats et d’aborder les enjeux qui y sont liés, notamment par la dimension « alternative » que constituent les initiatives collectives.


Ballades dans les nouveaux lieux culturels de New-York –
Quitter East-Side à proximité de la 5ème Avenue et du traditionnel quartier des Beaux-Arts pour flâner au sud de Manhattan, dans Chelsea ou à travers les anciennes boucheries, découvrir les dizaines de galeries installées à la place des garages et des halles, sans oublier de faire une pause « au Pastis », café branché, lieu de rendez-vous des marchands d’art et des artistes ; quitter Manhattan et traverser l’east river pour arriver dans le Queens, découvrir PS1, grandiose ancienne école publique en briques rouges, transformée en centre d’art ; déambuler à travers les anciens ateliers industriels et entrepôts…
on découvre un Nouveau Monde, un mélange de tiers-monde, de beautés industrielles, de ciels encore nus, de terrains vagues, de jolies rues résidentielles…1

Les artistes génération 90/2000 ont choisi de déserter Manhattan et sOhO pour infiltrer les territoires du Queens, investir des espaces plus ouverts, bénéficier de conditions de vie peu chères, s’installer autour des lieux institutionnels (PS1, MoMa ‘en transit’, Sculpture Center, Socrates Park) ; ou encore investissent les toits-terrasses d’immeubles du Bronx pour organiser des séances de cinéma expérimental ou diffuser des vidéos d’artistes.

D’autres expériences de déterritorialisation permettent, semble-t-il, la re-création de territoires par l’appropriation collective. Des morceaux de terrains non constructibles et abandonnés forment de petits jardins individuels, ouverts ou fermés, entourés, décorés, où se mêlent fleurs et légumes, que l’on offre souvent à son voisin ; ils sont dessinés dans un espace partagé dans le plus grand respect de chacun ; les modes d’attribution de lopins de terre sont définis par un « règlement intérieur», qui gère également le planning des soirées festives… Cette initiative de jardins collectifs est une volonté politique et est ponctuellement financée par une fondation privée ; elle permet notamment à des citoyens d’apporter un point de vue sur le don et sur l’échange.
Grenoble, Sarcelles, New-York…
c’est par le déplacement du marcheur, irréductible flâneur, par ses diverses rencontres et son souci de demeurer avec l’Autre, que se construit et se transforme la topographie urbaine ; arpenter la ville, s’égarer en elle, en relire inlassablement l’histoire.

Publié dans Textes-Arts

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